Il n’est jamais plus tard que minuit d’Isabelle Never

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Ce premier roman aborde la difficile question du deuil et de la solitude de survivre à ceux que l’on aime. Un texte bouleversant de profondeur et de justesse.

 

Le résumé d’Il n’est jamais plus tard que minuit

Rangoun, Birmanie, 2004. 
 
« L’odeur me saisit ; mélange d’effluves de fleurs, de feux de bois, de fumets de cuisine, de gaz d’échappement, l’odeur d’un peuple qui vit dans la pauvreté, la chaleur et l’humidité. » 
 
En quelques mots, Jeanne marque son retour en Birmanie, où elle espère s’oublier puisqu’elle ne pourra jamais effacer le drame : son mari et ses deux petites filles morts dans un accident d’avion. Derrière les rideaux de bambous d’un monde qu’elle côtoyait sans le connaître, en se dépouillant de ses vêtements d’Occidentale, Jeanne découvre peu à peu un peuple qui pense et respire autrement. En prise avec ses démons intérieurs, elle voyage dans ce pays où s’affrontent violences et aspirations spirituelles. 
 
Il n’est jamais plus tard que minuit est le beau et subtil portrait d’une femme qui, sans oublier ceux qu’elle a perdus, retrouve doucement goût à la vie, par un travail intime face à la douleur. Ce roman nous laisse entrevoir des âmes vagabondes, des lieux où l’on sent que l’essentiel demeure mystérieux.
 
 

Mon avis sur Il n’est jamais plus tard que minuit d’Isabelle Never

Il n’est jamais plus tard que minuit est le genre de livres qui, dès les premières lignes, vous font sentir que vous tenez entre les mains un texte hors du commun. J’ai rarement lu une réflexion aussi profonde sur le deuil et la perte des êtres chers.
 
Car ce roman n’est pas la simple histoire d’une mère qui a perdu sa famille. C’est l’histoire d’une survie, celle d’une femme tellement brisée qu’elle ne se sent plus appartenir au monde des vivants. Celle de sa fuite en Birmanie, dans ce pays où elle travaillait avec son mari pour l’aide internationale, où elle peut se réfugier incognito, où le reste de sa famille n’est pas là pour lui rappeler sans cesse son deuil.
 
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Dans un récit qui alterne passé et présent, Jeanne déroule la pelote, ce “magma de non-dits et de sentiments ineffables” qui l’étouffe et jaillit de sa tristesse. Et peu à peu, au fil des rencontres fortuites en territoire birman, apprend à apaiser sa souffrance et à vivre un peu pour elle.
 
En plus de l’introspection à laquelle se livre Jeanne, le roman propose une réflexion sur le bouddhisme et la culture birmane, qui éclairent d’une lumière nouvelle l’épreuve que vit l’héroïne. Très souvent, elle confronte les mentalités asiatique et occidentale qui, chacune, posent un regard bien différent sur un même événement. 
 
Enfin, Isabelle Never brosse dans ce livre un tableau très réaliste de la Birmanie de 2004, à une époque où la junte a encore tout son pouvoir. L’auteur connaît parfaitement ce pays, pour y avoir vécu plusieurs années, et nous emmène donc dans les endroits les plus reculés, absents des circuits touristiques. Elle nous fait découvrir les merveilles qu’offre cette région, mais aussi l’immense pauvreté et l’injustice qui règnent partout.
 
Il n’est jamais plus tard que minuit est un texte étonnamment mature pour un premier roman. Il est même parfois lourd, pesant, déroutant. Mais il est d’une telle justesse qu’il m’a plusieurs fois fait monter les larmes aux yeux et me laisse un souvenir impérissable.
 
 

En bref

Un roman de reconstruction à travers le voyage et une réflexion sur le deuil et la solitude d’une profondeur rare.
 
 

Le livre

Il n’est jamais plus tard que minuit d’Isabelle Never
Editions Carnets Nord (2018), 300 pages
 
Je remercie les éditions Carnets Nord pour cette lecture.
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2 réflexions au sujet de “Il n’est jamais plus tard que minuit d’Isabelle Never”

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